Si je te dis sauvage

Héritages, références, continuité
Depuis environ 10 ans, les carnavals alternatifs se multiplient en Europe et font renaitre par les marges, un esprit du carnaval qui mélange des éléments anciens et perdus de vue du folklore carnavalesque, tout en s’inscrivant dans des enjeux sociaux et politiques très contemporains. Certains d’entre eux se sont donnés le nom de : carnaval sauvage. Défilé poétique qui va fêter la fin de l’hiver, il vise à inventer une tradition qui reflète quelque chose de ce que vivent ceux et celles qui le font, mais aussi à développer d’autres figures de l’altérité lors de ces moments de transe collective qui s’élance dans les quartiers des villes. Si je te dis sauvage s’inscrit dans la lie de ces projets collectifs, alternatifs, qui nous proposent une autre manière d’habiter, de co-habiter et de considérer les autres.

Si je te dis sauvage se retrouve dans la continuité du travail de Sophie Fougy, plasticienne, membre de OLA qui expérimente cet univers au travers de la création de costumes et la réalisation de performances, de processions depuis de nombreuses années.


Quel est notre lien aux traditions des lieux qui nous ont vu grandir ? Comment participe-t-on à la constitution de notre patrimoine vivant ? Depuis toujours les traditions, les légendes, les récits de nos territoires s’élaborent et se renouvellent avec l’époque qui les traverse et les humains qui l’incarnent. Comment nourrir ces héritages pour participer à leur vivacité, pour s’y faire une place, pour retrouver les espaces communs et de partage qu’ils permettaient et qu’ils permettent encore de vivre aujourd’hui.

Comment retrouver dans ces savoirs traditionnels des ressources pour mieux vivre et se confronter aux difficultés de notre époque contemporaine, le repli sur soi, la marginalisation, l’individualisme. Toute ces pensées qui nous mettent en case et qui nous séparent plus que de nous lier. Notre époque contemporaine a de plus en plus mis en marge la différence, comme une a-normalité, comme étant à côté de la norme, pourtant nous pouvons retrouver dans de lointaines traditions – du
sapiens qui avait un soin particulier pour les personnes handicapées, à des communautés d’Amérique du Nord ou Amérindiennes où la sexualité n’était pas envisagée de manière binaire – une prise en compte de la différence, comme une singularité, comme une richesse, comme un potentiel à comprendre, à ressentir notre monde dans sa pluralité. L’idée serait peut-être et enfin de se dire que nous sommes tous différents et alors de veiller à déconstruire la norme, et pour cela de jouer avec, et pour-
quoi pas de s’en amuser.Si je te dis sauvage s’invente dans l’héritage des propositions et des pensées énoncées ci-dessus et en filigrane se pose la question des identités plurielles de la marge. Qui est cette marge ? Ne sommes nous pas tous la marge d’un autre ? Où se trouve la frontière ? Existe-t-il des porosités entre le monde de la norme et celui qui ne rentre pas dans les cases ? Ne portons-nous pas tous un fragment de marginalité ? De folie ? Comment inventer un temps collectif qui se glisse dans ces interstices, qui les questionnent, qui les bousculent, un temps où les différences se combinent, se connectent pour partager des émotions, des points de vues, des perspectives et tout simplement faire la fête ensemble.
Si je te dis sauvage est un spectacle pensé et imaginé au contact d’un groupe de personnes souffrant d’un handicap psychique et résidant au foyer de la Miséricorde de Libourne.
Si je te dis sauvage est un acte d’urgence et de joie, une révolte, une procession où tout le monde est fou, où tout le monde est décalé, où tout le monde marche, danse, ensemble. Entre un carnaval sauvage et fête de la Saint Jean, entre manifestation et révolte collective, Si je te dis sauvage est un spectacle participatif qui embarque 60 personnes dans un rituel, une traversée de l’espace public orchestrée par OLA. La déambulation se termine par l’embrasement d’une sculpture géante créée collectivement.
Cette sculpture devient le symbole des maux dont on veut se débarrasser, un acte exutoire qui nous permet d’accueillir les changements nécessaires à venir.

Si je te dis sauvage a reçu l’aide à l’écriture de l’OARA, office artistique de la Nouvelle Aquitaine, le soutien de L’un et L’autre et l’AILDS du département de la gironde.

En collaboration avec les Centre des Monuments Nationaux – L’abbaye de la Sauve Majeure

film réalisé par Camille Téqui :